La famille HEURTIN et l’île Amsterdam

Une famille originaire du Vignoble 

Adolphe «Jean Louis» HEURTIN, né le 21 septembre 1836 à Chantenay est fils de Charles HEURTIN tonnelier à Haute-Goulaine et de Anne Renée PILARD mariés le 8 janvier 1830. ses grands parents et ascendants étaient de la Haye Fouassière.

Il a eu une vie bien mouvementée. Inscrit maritime n°7 au quartier de Nantes dès le 03 janvier1850 comme mousse il navigue au commerce, devient novice inscrit n°1696 le 27 avril 1852, toujours au commerce. Il est levé pour le service 18 décembre 1854 et est incorporé dans «la Royale» à Lorient, comme matelot de 3e classe, il y obtient notamment le brevet et la médaille de Crimée le 12 mars 1859. Après divers embarquements, un dernier voyage effectué de mai 1860 à avril 1862, il est débarqué à St Nazaire. Il quitte la Royale et retourne à la Réunion ou il avait fait escale précédemment.

Il renonce aux professions maritimes devant la commission de l’inscription maritime de St Denis de la Réunion le 5 août 1862 et sera radié définitivement à Nantes le 5 octobre 1963.

Entre temps, il s’était marié le 8 juin 1862 à St Denis (Réunion) avec Marie Rose PÉNAUD née à Ste Rose (Réunion), veuve de CLOCHARD Michel (~ 1818‑1861) mariés le 20 janvier 1852 à St Denis (Réunion)

 dont elle a 4 enfants :

– Marie Eugénie née en 1853

– Luce Mélina née en 1854

– Françoise Aline née en 1856

– Benjamin née en 1858

le nouveau couple aura 7 enfants :

-Adolphe Raphaël né en 1863.

-Victorine née en 1864.

-Charles Alexis né en 1866.

-Rose Adèle née en 1868.

-Marie Anne Angélique née en 1870.

-Joseph né en 1872.

-Paul Grégoire né en 1874

En 1866 il est brigadier de police. Fin 1870, avec son épouse, trois des enfants (dont Marie Eugénie et Luce Mélina), et quatre employés, il débarque de la gabarre « Sarcelle », capitaine Godeffroy, sur l’île AMSTERDAM. Soit un voyage de 2800 Km pour atteindre une des îles les plus isolées du monde, avec sa petite voisine l’île St Paul, toute proche à seulement 91 Km. Il souhaite la mettre en culture et y entamer une activité d’élevage avec les animaux qu’il avait emporté avec lui. Mais déçus, par les difficultés principalement climatiques, ils quittent l’île en août 1871 vraisemblablement pris en charge par un navire de commerce. Il retrouve son poste de brigadier de police.

20 août 1873, Le commodore Goodenough, commandant la frégate anglaise HMS Pearl, visite rapidement l’île, décrit la cabane encore en bon état et ce qui reste dans le bâtiment : literie, coffres, livres de classe… Il trouve de nombreuses traces de bovins, ovins ou caprins, et des légumes acclimatés, choux, céleri, persil…  Il était en mission de cartographie, courante dans les marines de guerre de l’époque.

Cette visite est très importante, puisque ce sont les livres de classes portant les noms de Marie Eugénie et Luce Mélina qui permettent d’identifier avec certitude Alphonse Jean Louis Heurtin, dont les prénoms n’avaient été cités nulle part.

L’île Amsterdam 

Citée dès 1522 dans le carnet de bord des compagnons de Magellan, c’est en 1633 que le hollandais Antonio van Diemen, lui donne le nom de son navire, Nieuw Amsterdam. Elle est revendiquée française en juillet 1843, puis en 1892 par la prise de possession  par le navire de guerre français La Bourdonnais et confirmé en 1893 par le navire de guerre français l’Eure.

Située à 4 440 Km au sud-est de Madagascar, et 1325 Km au nord ouest des îles Kerguelen, et comparable en taille à Noirmoutier, cette île, volcan éteint, est soumise à un climat océanique tempéré, balayée par des vents constants et parfois violents, et exposée à des précipitations fréquentes en hiver. Le climat de l’île se rapproche de celui de la Bretagne, il n’y gèle pratiquement jamais. Il contraste avec celui des autres bases de l’Antarctique, c’est pour cela qu’elle est souvent appelée l’île tropicale des subantarctiques.

La seule présence humaine y est assurée par une base scientifique, établie en 1949 par le météologue Paul de Martin de Viviès sur le camp « Heurtin », puis depuis 1971 « base Martin de Viviès ». Depuis 2006, l’île fait partie de la réserve naturelle nationale des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), un sanctuaire de biodiversité inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Que sont devenus les bovins ?

En abandonnant les cinq ou six bovins de race jersiais (île Jersey) et zébu (océan indien), Jean Louis HEURTIN ne se doutait pas qu’ils puissent survivre, mais également prospéré, jusqu’à atteindre plus de 2 000 animaux en quelques décennies. Des études menées en 1992 et 2006 montrent que ces animaux se sont adaptés à leur environnement. Les empreintes laissées par la sélection naturelle détectées dans le génome de ces animaux, montrent que les gènes retrouvés dans le système nerveux ont joué un rôle primordial dans l’adaptation de ces bovins, dans un environnement hostile.

Une population entièrement abattue en 2010

En dépit de son intérêt scientifique, la population bovine de l’île a été entièrement abattue de manière précipitée en 2010, année internationale de la biodiversité sauvage (faune et flore naturelles) et domestique, sans qu’aucun échantillon biologique ne soit prélevé à cette occasion. Les vaches demeuraient perçues par certains comme une menace majeure pour l’écosystème insulaire, par le piétinement, le surpâturage, et en particulier pour deux espèces endémiques : l’arbuste Phylica arborea et l’albatros d’Amsterdam. Les services rendus par le troupeau tels que le débroussaillage et le maintien d’une zone pare-feu de la base scientifique, bien connus de l’administration, n’ont pas davantage été pris en compte.

Un incendie a touché l’île d’Amsterdam en janvier 2025

Ces rôles, jadis essentiels dans la prévention des incendies, sont malheureusement remis au premier plan au début de 2025. Un vaste incendie s’est déclaré le 15 janvier dernier ayant endommagé 55% de sa surface. L’ensemble du personnel présent sur l’Île a été évacué. Si le troupeau, existant avant 2010, avait été présent jusqu’à ce jour, cet incendie se serait-il produit ? Nul ne le saura. Mais certains scientifiques tenaient à défendre la biodiversité domestique, souvent mal considérée et donc négligée par rapport à la biodiversité sauvage.

Jean Louis HEURTIN, en mettant un pied pour la première fois fin 1870 sur l’île Amsterdam, avec ses vaches, était loin de se douter des conséquences de son expédition.

Marie Rose PÉNAUD est décédée le 7 juillet 1887 à St Denis (Réunion)

Adolphe Jean Louis HEURTIN est décédé le 14 décembre 1907 à Combani (Mayotte) ou quelques uns de ses enfants s’étaient installés.

Les Heurtin sont toujours présents sur ces deux iles.

Gilles HEURTIN

Sources :

Généanet

Ouest France

Archives Loire Atlantique