Des résistants du réseau OSCAR BUCKMASTER
Le 10 mai 2025, les descendants des familles BLANCHET et VEILLARD rendaient hommage à leurs parents résistants déportés à Saint-Jean-sur-Couesnon (Rives du Couesnon 35140). Cette cérémonie commémorait les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Qui étaient-ils ? Pourquoi se sont-ils engagés dans la résistance ?
À Saint-Jean-sur-Couesnon : Mon grand-père maternel Louis BLANCHET et son frère aîné Pierre étaient revenus de la guerre 14-18. Ils s’étaient mariés en 1921.
En 1922, ils avaient tous les deux eu leur premier enfant : Pierre chez Pierre et Louis chez Louis.
À Saint-Aubin-du-Cormier : Alexandre VEILLARD avait lui aussi été mobilisé en 14-18. Revenu sain et sauf. La même année, il était aussi devenu père d’un fils prénommé Alexandre.
En 1943, ces trois jeunes sont requis pour le Service du Travail Obligatoire. Leurs pères étaient, par expérience, hostiles à les voir partir travailler en Allemagne nazie. C’est pourquoi ces jeunes hommes ont refusé le S.T.O.
Par sécurité, pensaient les organisateurs du réseau, des échanges de jeunes gens étaient organisés entre les communes de Saint-Aubin-du-Cormier, Saint-Jean-sur-Couesnon, Martigné-Ferchaud et Saint-Brieuc-des-Iffs. Les réfractaires au S.T.O. étaient le plus souvent placés secrètement chez des agriculteurs sympathisants du réseau. Les pères de famille et quelquefois les mères ont accepté de cacher des aviateurs, des fausses cartes d’identité et des armes dans leurs propriétés, par conviction ou pour leurs enfants clandestins. Les deux pères BLANCHET hébergeaient tous les deux d’autres réfractaires. Mais à l’heure de réceptionner la cargaison de deux tonnes d’armes et de matériel militaire, le frère aîné Pierre s’y était opposé car il pressentait un danger imminent. Louis a pris le risque d’accueillir dans sa grange, sous sa batteuse, les conteneurs parachutés, alors qu’il était veuf depuis 1938 et chargé de famille.
La poche de résistance très active en bordure des communes de St-Aubin-du-Cormier, St-Jean-sur-Couesnon et Saint-Georges-de-Chesné.
Mon grand-père Louis BLANCHET était agriculteur et entrepreneur. De ferme en ferme, il prenait des contacts avec d’autres résistants. Le vétérinaire René MOREL était chargé de recruter, il connaissait bien les chefs ou cheffes de famille susceptibles de s’engager dans cette aventure à haut risque. Les résistants responsables du secteur se réunissaient chaque jeudi, jour de marché, dans l’arrière boutique du bourrelier Jean THOMAS à Saint-Aubin-du-Cormier.
L’engagement des femmes.
Des veuves étaient recrutées car jugées insoupçonnables. Dotées de fortes personnalités, elles se sont engagées avec de fortes convictions. Elles cachaient des parachutistes, des armes, des faux-papiers.
À Saint-Jean-sur-Couesnon, Marie-Josèphe DIBON épouse GESMIER, veuve depuis peu et mère de sept jeunes enfants, était dans le collimateur des Allemands au point d’avoir été mise en joue, mais finalement elle n’a pas été arrêtée.
À Martigné-Ferchaud, Angèle RACINEUX épouse MISERIAUX, veuve avec six enfants, très active au sein du réseau, a été arrêtée un soir pour actes de résistance alors qu’elle chantait au coin du feu entourée de ses enfants. À son départ vers le camp des femmes de Ravensbrück, sur le quai d’une gare, elle a jeté ce petit papier où elle a écrit : « Mes chers enfants, je pars vers l’inconnu, prenez soin de votre petite sœur ». Mme MISERIAUX n’a pas survécu.
Daniel JOLYS, ancien gendarme, a écrit l’histoire de ce réseau.
« Entre 1943 et 1944, dans toute la France, de nombreux parachutages ont déversé des milliers de tonnes d’armes destinées aux combattants de l’ombre. Le réseau OSCAR appartenait à la section Française du service secret britannique, le Special Operations Executive, le S.O.E., dirigé par le colonel Maurice BUCKMASTER. Le réseau OSCAR était commandé en France par le capitaine Français VALLEE, dit OSCAR. La section d’Ille-et-Vilaine, dénommée PARSON, était située dans le centre de Rennes. Cette organisation clandestine s’étendait sur une partie de la Loire-Atlantique du Morbihan et les Côtes d’Armor.

À Saint-Aubin-du-Cormier, le premier parachutage a eu lieu dans la nuit du 18 au 19 août 1943 après la diffusion du message « Ce soir tous les chats sont noirs », par la BBC, la radio de Londres, dans ses émissions quotidiennes « Les Français parlent aux Français ». Les sept containers remplis d’armes et de munitions ont été enterrés dans la ferme de Tournebride d’Alexandre VEILLARD.
À Saint-Jean-sur-Couesnon, un second parachutage a eu lieu dans la nuit du 20 au 21 octobre 1943, suite au message « À la mémoire de Johnny, mon ami souci ». Les treize containers contenant deux tonnes de matériel militaire ont été largués par la Royal Air Force dans un herbage à Saint-Jean-sur-Couesnon et, transportés à la ferme chez Louis BLANCHET, puis ensuite enfouis sous la batteuse. Pour la réception des parachutages, quinze volontaires du réseau étaient mobilisés ainsi que les sympathisants du village.
Paul CATHELINE témoigne : Originaire de Martigné-Ferchaud, réfractaire au S.T.O., il n’a pas oublié ces opérations à haut risque. Il raconte : « Avant de partir sur les lieux des parachutages, avec les résistants de Saint-Aubin-du-Cormier, on buvait une goutte pour se donner du courage ».
Afin de gérer les cargaisons d’armes, des soldats anglais ont sauté en parachute sous le poste d’observation allemand installé dans le clocher de l’église de Saint-Aubin-du-Cormier. Deux gendarmes couvraient les activités clandestines du réseau et particulièrement les hébergements des réfractaires au S.T.O. et des soldats parachutés.
Les Allemands imposaient leurs lois implacables et arrêtaient tous les opposants au régime nazi. Leurs services répressifs étaient redoutables pour infiltrer, retourner, identifier et arrêter les résistants et leurs familles. C’est ainsi que le réseau OSCAR BUCKMASTER, nommé PARSON en Ille-et-Vilaine et dans les départements voisins, fut démantelé en l’espace de six mois. Au total, 152 personnes, dont 24 femmes, ont été internées dans différentes prisons. 108, dont 7 femmes, ont été déportés dans les terribles camps de concentration nazis. 66 y décèdent dont 4 femmes. Aucun secteur du réseau OSCAR n’est épargné. »
Les arrestations
Le 29 novembre 1943 au matin, la police allemande arrête brutalement Alexandre VEILLARD père, son épouse Adèle et leur fils Alexandre et pillent de leur habitation.
Au cours de l’après-midi, la Gestapo se déplace à Saint-Jean-sur-Couesnon et appréhende Louis BLANCHET père, veuf de Mélanie CUPIF depuis 1938, ses deux fils, Louis et Jean, 16 ans, ainsi que Pierre sous les yeux de ma mère Élisabeth, 15 ans, qui a reconnu le collaborateur français qui guidait les soldats allemands : Un certain Joseph Le RUYET. Il était déjà venu à la ferme, s’étant présenté comme réfractaire au S.T.O., une des techniques d’infiltration. Dans la soirée, tous ont été internés à Rennes à cause de leurs activités de Résistance.
À son retour de l’école, le petit frère Roger BLANCHET, 11 ans, a été protégé par des voisins. Après les arrestations, il ne restait plus que des enfants mineurs qui devaient assurer le travail quotidien des fermes. À l’époque, aucune mécanisation, tout le travail se faisait à la main.
Mais l’espoir était toujours là, nos prisonniers n’étaient qu’à Rennes. Les familles ont redoublé d’efforts pour les soutenir. La Libération approchait, cela se savait par la radio et s’entendait par les activités aériennes de plus en plus intenses.
Les BLANCHET, Louis père, ses fils Louis et Jean ainsi que Pierre fils, étaient dispersés dans 4 cellules différentes avec d’autres résistants, des militaires, des aviateurs alliés ou des agents anglais parachutés.
Chaque semaine, ma mère Élisabeth et son oncle Pierre portaient de la nourriture et des vêtements à la prison de Rennes. Ils quittaient la ferme à vélo, prenaient le train, déposaient les victuailles et reprenaient les vêtements à laver. Ils trouvaient dans les chaussettes ou aux revers des manches des petits papiers à cigarette où il était écrit : « Apportez plus, on crève de faim ». Nous avions cru pendant longtemps que les vivres ne leur étaient livrés que partiellement.
Joseph DARSEL, résistant breton, déporté et rentré des camps nazis, compagnon de cellule et de voyage de Louis BLANCHET, raconte dans son livre témoignage : « La famille BLANCHET apporte chaque semaine du pain blanc, du beurre et du lard qu’elle partage avec nous ». Le dernier témoin de cette époque, Bernadette BLANCHET, une des filles de Pierre, épouse TALBOT, en a parlé peu avant de nous quitter. les Allemands disaient « Beaucoup manger les BLANCHET. »
Les BLANCHET et VEILLARD étaient toujours internés à Rennes au moment du débarquement de Normandie le 6 juin 1944, événement qui suscitait l’espoir d’une libération proche, mais c’était sans compter sur la détermination des nazis. Des tortures et exécutions ont eu lieu à la prison de Rennes.
En soutien à leurs camarades, chaque jour, des chants patriotiques, populaires ou religieux s’échappaient des fenêtres des cellules et se répandaient dans toute la prison. L’Ave Maria ou le chant des partisans : « Ami entends-tu le cri noir des corbeaux dans la plaine. »
La déportation
Les départs dans des wagons à bestiaux vers Compiègne se sont accélérés au printemps 1944. Louis, père et fils et Pierre BLANCHET fils ainsi que qu’Alexandre VEILLARD, père et fils, ont quitté la prison de Rennes le 29 juin 1944 avec une centaine d’internés. Soit 23 jours après le débarquement. C’est précisément ce même jour que Jean BLANCHET, 17 ans, ainsi qu’Adèle COCHET épouse VEILLARD, sont rentrés chez eux très affectés, après sept mois d’internement.
Le train transportant nos familles est parti de Rennes en direction de Nantes puis de Tours jusqu’au camp de Compiègne. Le trajet a été parsemé de nombreux arrêts pour éviter les attaques aériennes alliées. Ce voyage a duré 13 jours et 13 nuits. Ils se seraient bien évadés mais les gardiens allemands promettaient de terribles représailles envers ceux qui restaient. Ils ont ensuite séjourné 15 jours au camp de Compiègne. Le 28 juillet 1944, ils sont repartis vers le sinistre camp de concentration de Neuengamme proche d’Hambourg, sans retour, soit près de deux mois après le débarquement.

de Saint-Aubin-du Cormier

de Saint-Jean-sur-Couesnon

à Martigné-Ferchaud
L’hommage rendu aux déportés le 10 mai 2025 à Saint-Jean-sur-Couesnon
Les petits-fils des résistantes, Jean-Yves MISERIAUX et Jean-Luc GESMIER, accompagnés de la chorale de Saint-Aubin-du Cormier ont interprété Nuit et Brouillard» de Jean FERRAT.
Lors de cet hommage commémorant nos disparus en déportation, nous avons évoqué les nombreux enfants mineurs, souvent orphelins de père et de mère qui assuraient le travail de ferme, tout en recevant en cascade les mauvaises nouvelles d’Allemagne. Entre novembre 1944 et avril 1945, trois morts chez les BLANCHET et deux chez les VEILLARD.
Pour les BLANCHET, VEILLARD et toutes les familles concernées, le 8 mai 1945, date de la libération, ne pouvait qu’avoir un goût amer. La vie reprenait son cours pour tout le monde avec chacun ses difficultés.
Après la guerre, les trois orphelins BLANCHET se sont mariés, nous ont mis au monde et ont quitté la région fin des années 1950 à la faveur d’un plan agricole. Jean et sa famille sont partis en Normandie, Roger et Élisabeth dans l’Allier où une dizaine de familles bretonnes étaient installées. C’était une migration, nous formions une communauté où la vie a repris son cours.
Bien que nos parents nous aient épargné ce qu’ils ont vécu, la nouvelle génération que nous sommes était à l’affût de la moindre information. Cet hommage fait également suite au travail de mémoire de mon oncle Roger qui a été le seul de sa fratrie à vivre sa retraite. Nous devions cet hommage à nos familles, et nous l’offrons à tous ceux qui s’intéressent à cette histoire.
Ce réseau de résistance faisait appel au monde paysan, ils étaient en majorité à leur compte.
À cette époque, la religion catholique était au cœur de leur vie. Chez les BLANCHET, le partage du pain était beaucoup plus qu’un réflexe humanitaire, cet esprit, je le ressentais en rendant visite à ma grande-cousine Bernadette jusqu’à la fin de sa vie le 2 novembre 2024. Sa mémoire sur 39-45 a été intacte jusqu’au bout, son témoignage m’a été précieux. Je la remercie infiniment.
Je remercie les maires des communes, les autorités civiles et militaires qui ont participé aux commémorations. Sans oublier les descendants et familles des résistants et déportés, les bénévoles et toutes les personnes présentes lors des cérémonies en l’église et au monument aux morts.
Élisabeth BLOT-BLANCHET
Extrait du livre, la Bretagne au Combat de Joseph DARSEL
SHAH ZAMAN à la prison de RENNES :
Dans la soirée du 5 février 1944, nous arrive un jeune étranger à l’air bizarre ; il s’affale sur sa paillasse et ne dit mot. Comme il refuse toute nourriture, le lendemain matin je vais à lui, je lui propose quelques douceurs reçues de la maison, mais je me heurte à une opposition ferme et polie.
Mon obstination est récompensée le lendemain quand je lui tends un peu de pain blanc que m’a remis Louis Blanchet. Sa tenue, son attitude m’inquiète : je me présente et lui parle de mon action résistante, et peu à peu, il dévoile son secret :
Je suis musulman, j’ai fait le vœu de ne pas manger de viande avant de réussir mon évasion.
Vous ne pouvez vivre ni réussir vos projets sans être en bonne santé ; alors acceptez ce que nous vous offrons de bon cœur.
Les jours suivants, ma ténacité est récompensée en écoutant le récit des aventures de mon nouvel ami. Son accent oriental donne aux évènements une image colorée et vivante.
« Je m’appelle Shah ZAMAN, j’ai 23 ans et je suis officier de chars dans la huitième Armée anglaise. Après plusieurs mois de campagne, J’ai été fait prisonnier par les Italiens. Ces derniers ne pouvant plus nous nourrir, nous abandonnent dans le désert. Après plusieurs jours de souffrances atroces provoquées par la faim et la soif, je réussi à rejoindre les Forces anglaises et reprends le combat.
« Quelques mois plus tard, nous sommes trahis par un officier ; notre, unité encerclée par un groupe de chars Allemands, est faite prisonnière. De camps en prisons, j’arrive au camp Marguerite à Rennes ; c’est là que sont rassemblés de nombreux prisonniers de couleur. Et du camp Margueritte me voilà à la prison Jacques Cartier de Rennes.
Pour plus d’informations :
livre de Daniel JOLYS : Oscar BUCKMASTER, chez l’auteur
livre du résistant Joseph DARSEL : la Bretagne au Combat (Verdi éditions et livre de poche)
Site internet les déportés d’Ille-et- Vilaine :http://memoiredeguerre.free.fr/ccmr/dep35-jo-a-g.htm
film : les résistants du train fantôme du réalisateur Jorge Amat (2017)



L’ADN, c’est quoi ? A quoi cela sert-il en généalogie ?




